Shortlist 2009, N6¶
Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★★★☆ · Proposé par : Turkey
Concepts : Polynômes à coefficients entiers · Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler · Suites et récurrences
Solution officielle : Shortlist officielle 2009 (avec solutions), p. 78 (page 80 du PDF)
Énoncé¶
Let \(k\) be a positive integer. Show that if there exists a sequence \(a_0, a_1, \ldots\) of integers satisfying the condition
then \(k - 2\) is divisible by \(3\).
Indices : les idées clés
- Polynôme auxiliaire : il existe \(P_k \in \mathbb{Z}[x]\) et un entier \(q_k\) tels que \(xP_k(x) = x^k + P_k(x - 1) + q_k\).
- Récurrence résolue : \(a_n - P_k(n) = \frac{a_0 - P_k(0)}{n!} - q_k\sum_{i=0}^{n-1}\frac{i!}{n!}\), donc des \(a_n\) entiers imposent \(q_k = 0\).
- Réduction modulo \(2\) : \(q_{k+2} \equiv q_{k+1} + q_k \pmod 2\) avec \(q_1 = -1\), \(q_2 = 0\) ; ou bien (solution 2) on évalue l'identité dans le corps \(\mathbb{F}_4\), d'où \((\alpha + 1)^{k-1} = \alpha^k\).
Solutions
Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2009 (deux solutions et trois remarques).
Solution 1¶
Partie A. Pour tout entier \(k > 0\), il existe un polynôme \(P_k\) de degré \(k - 1\) à coefficients entiers, c'est-à-dire \(P_k \in \mathbb{Z}[x]\), et un entier \(q_k\) tels que l'identité polynomiale
soit vérifiée. Pour le prouver, pour \(k\) fixé, on écrit
et l'on détermine successivement les coefficients \(b_{k-1}, b_{k-2}, \ldots, b_0\) et le nombre \(q_k\). Évidemment, \(b_{k-1} = 1\). Pour \(m = k - 1, k - 2, \ldots, 1\), l'identification des coefficients de \(x^m\) dans l'identité \((I_k)\) donne une expression de \(b_{m-1}\) comme combinaison linéaire entière de \(b_{k-1}, \ldots, b_m\), et enfin \(q_k = -P_k(-1)\).
Partie B. Soit \(k\) un entier strictement positif, et soit \(a_0, a_1, \ldots\) une suite de réels vérifiant la récurrence de l'énoncé. Cette récurrence peut s'écrire
ce qui donne, par récurrence,
Les nombres \(a_n\) ne sont donc entiers pour tout \(n \geq 1\) que si
Partie C. En multipliant l'identité \((I_k)\) par \(x^2 + x\) et en lui retranchant les identités \((I_{k+1})\), \((I_{k+2})\) et \(q_kx^2 = q_kx^2\), on obtient
où les polynômes \(T_k \in \mathbb{Z}[x]\) sont définis par \(T_k(x) = (x^2 + x)P_k(x) - P_{k+1}(x) - P_{k+2}(x) - q_kx\). Donc
En comparant les degrés, on voit facilement que cela n'est possible que si \(T_k\) est le polynôme nul modulo \(2\), et
Comme \(q_1 = -1\) et \(q_2 = 0\), ces congruences terminent la preuve : \(q_k\) est pair exactement quand \(k \equiv 2 \pmod 3\). \(\blacksquare\)
Solution 2¶
Parties A et B. Soit \(k\) un entier strictement positif, et supposons qu'il existe une suite \(a_0, a_1, \ldots\) comme voulu. Montrons qu'il existe un polynôme \(P \in \mathbb{Z}[x]\), c'est-à-dire à coefficients entiers, tel que \(a_n = P(n)\), \(n = 0, 1, \ldots\), et \(xP(x) = x^k + P(x - 1)\).
Pour le prouver, on écrit \(P(x) = b_{k-1}x^{k-1} + \cdots + b_1x + b_0\) et l'on détermine successivement les coefficients \(b_{k-1}, b_{k-2}, \ldots, b_0\) de sorte que
où \(q = q_k\) est un entier. L'identification des coefficients de \(x^m\) donne une expression de \(b_{m-1}\) comme combinaison linéaire entière de \(b_{k-1}, \ldots, b_m\).
En posant \(c_n = a_n - P(n)\), on obtient
donc
On en conclut que \(\lim_{n \to \infty} c_n = 0\), ce qui, avec \(c_n \in \mathbb{Z}\), implique \(c_n = 0\) pour \(n\) assez grand. On obtient donc \(q = 0\) et \(c_n = 0\), \(n = 0, 1, \ldots\)
Partie C. Supposons \(q = q_k = 0\), c'est-à-dire \(xP(x) = x^k + P(x - 1)\). Pour considérer cette identité en des arguments \(x \in \mathbb{F}_4\), on écrit \(\mathbb{F}_4 = \{0, 1, \alpha, \alpha + 1\}\). On obtient alors
donc
Or \((\alpha + 1)^{k-1} = \alpha^k\) implique \(k \equiv 2 \pmod 3\) (car \(\alpha + 1 = \alpha^2\) et \(\alpha^3 = 1\)). \(\blacksquare\)
Remarques¶
Remarque 1. Pour \(k = 2\), la suite donnée par \(a_n = n + 1\), \(n = 0, 1, \ldots\), vérifie les conditions du problème.
Remarque 2. Les premiers polynômes \(P_k\) et entiers \(q_k\) sont
Une recherche dans l'Encyclopédie en ligne des suites d'entiers (A000587) révèle que la suite \(q_1, -q_2, q_3, -q_4, q_5, \ldots\) est connue sous le nom de nombres d'Uppuluri-Carpenter. Le résultat selon lequel \(q_k = 0\) implique \(k \equiv 2 \pmod 3\) figure dans Murty, Summer : On the \(p\)-adic series \(\sum_{n=0}^{\infty} n^k \cdot n!\), CRM Proc. and Lecture Notes 36, 2004. Comme l'a montré Alexander (Non-Vanishing of Uppuluri-Carpenter Numbers, prépublication, 2006), les nombres d'Uppuluri-Carpenter s'annulent au plus deux fois.
Remarque 3. Les nombres \(q_k\) s'écrivent à l'aide des nombres de Stirling de seconde espèce. Pour le montrer, on fixe les notations de sorte que
par exemple \(S_{2,2} = 1\), \(S_{2,1} = 3\), \(S_{2,0} = 1\), et l'on pose
En remplaçant \(x\) par \(-x\) dans \((*)\), on obtient
En définissant
on obtient
d'où \(q_k = -\Omega_k\).