Shortlist 2015, A3¶
Domaine : Algèbre · Difficulté : ★★☆☆☆ · Proposé par : Austria
Concepts : Convexité, inégalité de Jensen, lissage
Solution officielle : Shortlist officielle 2015 (avec solutions), p. 13 (page 14 du PDF)
Énoncé¶
Let \(n\) be a fixed positive integer. Find the maximum possible value of
where \(-1 \leq x_i \leq 1\) for all \(i = 1, 2, \ldots, 2n\).
Indices : les idées clés
- Convexité, inégalité de Jensen, lissage : l'expression est affine en chaque variable, donc son maximum est atteint en des points où chaque \(x_i\) vaut \(\pm 1\).
- Sommes partielles signées (solution 1) : avec \(y_i = (x_1 + \cdots + x_i) - (x_{i+1} + \cdots + x_{2n})\), on a \(\sum y_i^2 = 4n^2 - 4Z\), et deux \(y_i\) consécutifs sont des entiers pairs consécutifs.
- Inégalité de réordonnement (solution 2) : après avoir séparé les indices où \(x_i = 1\) et où \(x_i = -1\), on majore une somme pondérée d'une permutation de \(1, \ldots, 2n\).
Solutions
Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2015 (deux solutions et deux remarques).
Réponse. Le maximum vaut \(n(n-1)\).
Solution 1¶
Notons \(Z\) l'expression à maximiser. Elle est affine en chaque variable \(x_i\) (les autres étant fixées), et \(-1 \leq x_i \leq 1\) ; une fonction affine sur un segment atteint son maximum en une extrémité. On peut donc remplacer successivement chaque \(x_i\) par \(-1\) ou \(1\) sans diminuer \(Z\) : il suffit de traiter le cas où \(x_i \in \{-1, 1\}\) pour tout \(i\).
Pour \(i = 1, 2, \ldots, 2n\), posons
En élevant au carré, et comme \(x_r^2 = 1\) :
Pour \(r < s\) fixés, le coefficient de \(x_r x_s\) dans (1) vaut \(2\) pour \(i = 1, \ldots, r-1\) et pour \(i = s, \ldots, 2n\), et vaut \(-2\) pour \(i = r, \ldots, s-1\). Dans \(\sum_{i=1}^{2n} y_i^2\), ce coefficient vaut donc \(2(2n - s + r) - 2(s - r) = 4(n - s + r)\). En sommant (1) pour \(i = 1, \ldots, 2n\) :
Il suffit donc de minorer le membre de gauche.
Comme les \(x_r\) valent \(\pm 1\), chaque \(y_i\) est un entier pair (somme de \(2n\) termes impairs). De plus \(y_i - y_{i-1} = 2x_i = \pm 2\), donc \(y_{i-1}\) et \(y_i\) sont des entiers pairs consécutifs pour \(i = 2, \ldots, 2n\) ; l'un d'eux est non nul, d'où \(y_{i-1}^2 + y_i^2 \geq 4\). Ainsi
Avec (2), on obtient \(4n \leq 4n^2 - 4Z\), c'est-à-dire \(Z \leq n(n-1)\).
En prenant \(x_i = 1\) pour \(i\) impair et \(x_i = -1\) pour \(i\) pair, on a \(y_i = 0\) pour \(i\) pair et \(y_i = 2\) pour \(i\) impair : il y a égalité dans (3), donc \(Z = n(n-1)\). Le maximum cherché est \(n(n-1)\). \(\blacksquare\)
Solution 2¶
On obtient autrement la majoration \(Z \leq n(n-1)\). Comme dans la solution 1, on se ramène au cas \(x_i \in \{-1, 1\}\). Notons \([2n] = \{1, 2, \ldots, 2n\}\) et
Pour deux parties \(X, Y\) de \([2n]\), posons
On a
donc
Il s'agit donc de maximiser \(e(A,A) + e(B,B)\) lorsque \(A, B\) forment une partition de \([2n]\).
Par symétrie (\(x \mapsto -x\) échange \(A\) et \(B\)), on peut supposer \(|A| = n - p\) et \(|B| = n + p\) avec \(0 \leq p \leq n\). On fixe \(p\) et on majore \(Z\) en fonction de \(n\) et \(p\). Soient \(a_1 < \cdots < a_{n-p}\) les éléments de \(A\) et \(b_1 < \cdots < b_{n+p}\) ceux de \(B\). Alors
et de même
Il suffit donc de maximiser
On applique l'inégalité de réordonnement à la suite \(a_1, \ldots, a_{n-p}, b_1, \ldots, b_{n+p}\) (qui est une permutation de \(1, 2, \ldots, 2n\)) et à la suite des coefficients dans (8). Les coefficients des \(a_i\) sont \(n-p-1, n-p-3, \ldots, 1-n+p\), et ceux des \(b_i\) sont \(n+p-1, n+p-3, \ldots, 1-n-p\). Rangés par ordre décroissant, ce sont :
- \(n + p + 1 - 2i\) pour \(i = 1, \ldots, p\) ;
- \(n - p + 1 - 2i\), deux fois chacun, pour \(i = 1, \ldots, n-p\) ;
- \(-(n + p + 1 - 2i)\) pour \(i = p, p-1, \ldots, 1\).
Le réordonnement (les plus grands coefficients avec les plus grands nombres) donne
En combinant (5), (6), (7) et (9) :
ce qui se simplifie en
Comme \(p\) est un entier positif ou nul, \(p(p-1)(p+1) \geq 0\) et donc \(Z \leq n(n-1)\). L'exemple de la solution 1 montre que cette valeur est atteinte. \(\blacksquare\)
Remarques¶
Remarque 1 (autres cas d'égalité). La valeur \(n(n-1)\) est atteinte par d'autres exemples, et les \(x_i\) ne sont pas forcément \(\pm 1\) : avec \(x_i = (-1)^i\) pour \(2 \leq i \leq 2n\), le coefficient de \(x_1\) dans \(Z\) est nul, et \(x_1\) peut être choisi librement dans \([-1, 1]\). En revanche, si tous les \(x_i\) valent \(\pm 1\), l'égalité n'a lieu que lorsque \((y_1, \ldots, y_{2n}) = (0, \pm 2, 0, \pm 2, \ldots, 0, \pm 2)\) ou \((\pm 2, 0, \pm 2, 0, \ldots, \pm 2, 0)\), d'où l'on reconstruit les \(x_i\). La somme \(\sum x_i\) n'est alors pas forcément nulle, mais vaut \(0\) ou \(\pm 2\).
Remarque 2 (autres variables auxiliaires). On peut poser \(x_{2n+i} = -x_i\) et \(y'_i = x_i + x_{i+1} + \cdots + x_{i+n-1}\) pour \(1 \leq i \leq 2n\). Comme dans la solution 1, on obtient \(Y := y_1'^2 + \cdots + y_{2n}'^2 = 2n^2 - 2Z\), et il suffit de montrer \(Y \geq 2n\). Si \(n\) est impair, chaque \(y'_i\) est impair, donc \(y_i'^2 \geq 1\). Si \(n\) est pair, chaque \(y'_i\) est pair, et l'un au moins de \(y'_i, y'_{i+1}, y'_{n+i}, y'_{n+i+1}\) est non nul, d'où \(y_i'^2 + y_{i+1}'^2 + y_{n+i}'^2 + y_{n+i+1}'^2 \geq 4\) ; en sommant pour \(i = 1, 3, \ldots, n-1\), on obtient \(Y \geq 2n\).