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Shortlist 2018, N6

Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★★★☆ · Proposé par : Mexico

Concepts : Principe des tiroirs · Divisibilité, PGCD et algorithme d'Euclide

Solution officielle : Shortlist officielle 2018 (avec solutions), p. 66 (page 68 du PDF)

Énoncé

Let \(f : \{1, 2, 3, \ldots\} \to \{2, 3, \ldots\}\) be a function such that \(f(m + n) \mid f(m) + f(n)\) for all pairs \(m, n\) of positive integers. Prove that there exists a positive integer \(c > 1\) which divides all values of \(f\).

Indices : les idées clés
  • Les ensembles \(S_m = \{n : m \mid f(n)\}\) (solution 1) : grâce à \(f(n) \mid f(n-d) + f(d)\), un tel ensemble infini est exactement l'ensemble des multiples de son plus petit élément.
  • Cas borné / non borné (solution 1) : si \(f\) est bornée, un nombre de la forme \(N d_1 \cdots d_k + 1\) force un premier fréquent à diviser toutes les valeurs ; sinon, on utilise les « pics » de \(f\), où \(f(k) + f(p - k) = f(p)\).
  • Principe des tiroirs (solution 1) : une infinité de valeurs aux pics sont congrues modulo \(f(1)\).
  • PGCD et algorithme d'Euclide (solution 2) : \(d_n = \gcd(f(n), f(1))\) décroît pour la divisibilité, et on reproduit l'algorithme d'Euclide pour montrer que \(\gcd(f(a), f(b)) \mid f(1)\) si \(a\) et \(b\) sont premiers entre eux.
  • Croissance au plus linéaire contre grands écarts entre premiers (solution 2) : \(f(n) < n + C\), mais des valeurs deux à deux premières entre elles doivent avoir un grand facteur premier.
Solutions

Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2018 (deux solutions et une remarque).

Solution 1

Pour tout entier \(m \geq 1\), on pose \(S_m = \{n : m \mid f(n)\}\).

Lemme. Si \(S_m\) est infini, alors \(S_m = \{d, 2d, 3d, \ldots\} = d \cdot \mathbb{Z}_{>0}\) pour un certain entier \(d \geq 1\).

Preuve. Soit \(d = \min S_m\) ; par définition, \(m \mid f(d)\). Si \(n \in S_m\) et \(n > d\), alors \(m \mid f(n) \mid f(n - d) + f(d)\), donc \(m \mid f(n - d)\) et \(n - d \in S_m\). Soit \(r \leq d\) le plus petit entier positif tel que \(n \equiv r \pmod d\) ; en répétant cette étape, on obtient \(n - d, n - 2d, \ldots, r \in S_m\). Par minimalité de \(d\), on a \(r = d\), donc \(d \mid n\). En partant d'éléments arbitrairement grands de \(S_m\), ce procédé atteint tous les multiples de \(d\), qui sont donc tous dans \(S_m\). \(\square\)

On distingue deux cas.

Cas 1 : \(f\) est bornée. Un premier \(p\) est dit fréquent si \(S_p\) est infini, c'est-à-dire si \(p\) divise \(f(n)\) pour une infinité de \(n\) ; sinon il est sporadique. Comme \(f\) est bornée, seuls un nombre fini de premiers divisent au moins un \(f(n)\) ; il n'y a donc qu'un nombre fini d'entiers \(n\) tels que \(f(n)\) ait un diviseur premier sporadique. Soit \(N\) un entier plus grand que tous ces \(n\).

Soient \(p_1, \ldots, p_k\) les premiers fréquents. D'après le lemme, \(S_{p_i} = d_i \cdot \mathbb{Z}_{>0}\) pour un certain \(d_i\). Considérons

\[n = N d_1 d_2 \cdots d_k + 1.\]

Comme \(n > N\), tous les diviseurs premiers de \(f(n)\) (il y en a, car \(f(n) \geq 2\)) sont fréquents. Soit \(p_i\) l'un d'eux. Alors \(n \in S_{p_i}\), donc \(d_i \mid n\). Mais \(n \equiv 1 \pmod{d_i}\), donc \(d_i = 1\). Ainsi \(S_{p_i} = \mathbb{Z}_{>0}\), et \(p_i\) divise toutes les valeurs de \(f\).

Cas 2 : \(f\) n'est pas bornée. Montrons que \(f(1)\) divise tous les \(f(n)\). Soit \(a = f(1)\). Comme \(1 \in S_a\), d'après le lemme il suffit de montrer que \(S_a\) est infini.

Un entier \(p \geq 1\) est un pic si \(f(p) > \max\big(f(1), \ldots, f(p - 1)\big)\). Comme \(f\) n'est pas bornée, il y a une infinité de pics. Soit \(1 = p_1 < p_2 < \cdots\) la suite des pics, et \(h_k = f(p_k)\). Pour tout pic \(p_i\) et tout \(k < p_i\), on a \(f(p_i) \mid f(k) + f(p_i - k) < 2f(p_i)\), donc

\[f(k) + f(p_i - k) = f(p_i) = h_i. \tag{1}\]

Par le principe des tiroirs, une infinité des nombres \(h_1, h_2, \ldots\) sont congrus entre eux modulo \(a\). Soit \(k_0 < k_1 < k_2 < \cdots\) une suite infinie d'indices telle que \(h_{k_0} \equiv h_{k_1} \equiv \cdots \pmod a\). D'après (1),

\[f(p_{k_i} - p_{k_0}) = f(p_{k_i}) - f(p_{k_0}) = h_{k_i} - h_{k_0} \equiv 0 \pmod a,\]

donc \(p_{k_i} - p_{k_0} \in S_a\) pour tout \(i \geq 1\). Cela fournit une infinité d'éléments de \(S_a\). Donc \(S_a\) est infini, et \(f(1) = a\) divise \(f(n)\) pour tout \(n\) ; comme \(a \geq 2\), c'est le \(c\) cherché. \(\blacksquare\)

Solution 2

Soit \(d_n = \gcd\big(f(n), f(1)\big)\). Comme \(d_{n+1} \mid f(1)\) et \(d_{n+1} \mid f(n+1) \mid f(n) + f(1)\), on a \(d_{n+1} \mid f(n)\), puis \(d_{n+1} \mid \gcd\big(f(n), f(1)\big) = d_n\). Ainsi chaque terme de la suite \(d_1, d_2, \ldots\) divise les précédents. Soit \(d = \min(d_1, d_2, \ldots) = \gcd(d_1, d_2, \ldots) = \gcd\big(f(1), f(2), \ldots\big)\) ; il faut montrer que \(d \geq 2\).

Par l'absurde, supposons \(d = 1\) : il existe alors un indice \(n_0\) tel que \(d_n = 1\) pour tout \(n \geq n_0\), c'est-à-dire que \(f(n)\) est premier avec \(f(1)\).

Affirmation 1. Si \(2^k \geq n_0\), alors \(f(2^k) \leq 2^k\).

Preuve. Par hypothèse, \(f(2n) \mid 2f(n)\) ; une récurrence immédiate donne \(f(2^k) \mid 2^k f(1)\). Si \(2^k \geq n_0\), \(f(2^k)\) est premier avec \(f(1)\), donc divise \(2^k\). \(\square\)

Affirmation 2. Il existe une constante \(C\) telle que \(f(n) < n + C\) pour tout \(n\).

Preuve. Soit \(K = 2^k\) la première puissance de \(2\) supérieure ou égale à \(n_0\). D'après l'affirmation 1, \(f(K) \leq K\). Comme \(f(n + K) \mid f(n) + f(K)\), on a \(f(n + K) \leq f(n) + f(K) \leq f(n) + K\). Si \(n = tK + r\) avec \(t \geq 0\) et \(1 \leq r \leq K\), on obtient

\[f(n) \leq K + f(n - K) \leq 2K + f(n - 2K) \leq \cdots \leq tK + f(r) < n + \max\big(f(1), f(2), \ldots, f(K)\big),\]

donc l'affirmation est vraie avec \(C = \max\big(f(1), \ldots, f(K)\big)\). \(\square\)

Affirmation 3. Si \(a, b \geq 1\) sont premiers entre eux, alors \(\gcd\big(f(a), f(b)\big) \mid f(1)\). En particulier, si \(a, b \geq n_0\) sont premiers entre eux, alors \(f(a)\) et \(f(b)\) sont premiers entre eux.

Preuve. Soit \(\delta = \gcd\big(f(a), f(b)\big)\). On reproduit l'algorithme d'Euclide ; formellement, on raisonne par récurrence sur \(a + b\). Si \(a = 1\) ou \(b = 1\), on a bien \(\delta \mid f(1)\). Sinon, sans perte de généralité \(1 < a < b\). Alors \(\delta \mid f(a)\) et \(\delta \mid f(b) \mid f(a) + f(b - a)\), donc \(\delta \mid f(b - a)\). Ainsi \(\delta\) divise \(\gcd\big(f(a), f(b - a)\big)\), qui divise \(f(1)\) par hypothèse de récurrence. \(\square\)

Soit \(p_1 < p_2 < \cdots\) la suite des nombres premiers ; pour tout \(k\), soit \(q_k\) la plus petite puissance de \(p_k\) telle que \(q_k \geq n_0\). (Il n'y a qu'un nombre fini d'indices \(k\) avec \(q_k \neq p_k\).)

Soit \(N\) un entier positif, et considérons les nombres

\[f(1), f(q_1), f(q_2), \ldots, f(q_N).\]

Ce sont \(N + 1\) nombres, tous supérieurs à \(1\), deux à deux premiers entre eux d'après l'affirmation 3. Ils ont donc au total au moins \(N + 1\) diviseurs premiers distincts, et le plus grand est au moins \(p_{N+1}\). Ainsi \(\max\big(f(1), f(q_1), \ldots, f(q_N)\big) \geq p_{N+1}\).

Choisissons \(N\) tel que \(\max(q_1, \ldots, q_N) = p_N\) (c'est le cas pour \(N\) assez grand) et \(p_{N+1} - p_N > C\) (c'est possible car il existe des écarts arbitrairement grands entre nombres premiers consécutifs). On obtient la contradiction

\[p_{N+1} \leq \max\big(f(1), f(q_1), \ldots, f(q_N)\big) < \max(1 + C, q_1 + C, \ldots, q_N + C) = p_N + C < p_{N+1},\]

ce qui prouve l'énoncé. \(\blacksquare\)

Remarques

Remarque (sur la solution 1). En prolongeant la solution 1, on peut montrer que si \(f\) n'est pas bornée, alors \(f(n) = an\) avec \(a = f(1)\). Il suffit de montrer que \(f(n + 1) = f(n) + a\) pour tout \(n\), puis de conclure par récurrence. Soit \(p\) un pic tel que \(p > n + 2\) et \(h = f(p) > f(n) + 2a\). D'après (1), \(f(p - 1) = f(p) - f(1) = h - a\) et \(f(n + 1) = f(p) - f(p - n - 1) = h - f(p - n - 1)\). De \(h - a = f(p - 1) \mid f(n) + f(p - n - 1) < f(n) + h < 2(h - a)\), on tire \(f(n) + f(p - n - 1) = h - a\). Alors

\[f(n + 1) - f(n) = \big(h - f(p - n - 1)\big) - \big(h - a - f(p - n - 1)\big) = a.\]

En revanche, il existe une large famille de fonctions bornées vérifiant les conditions, par exemple

\[f(n) = c; \qquad f(n) = \begin{cases} 2c & \text{si } n \text{ est pair,} \\ c & \text{si } n \text{ est impair;} \end{cases} \qquad f(n) = \begin{cases} 2018c & \text{si } n \leq 2018, \\ c & \text{si } n > 2018. \end{cases}\]