Shortlist 2024, A1¶
Domaine : Algèbre · Difficulté : ★☆☆☆☆ · Proposé par : Colombia
Concepts : Partie entière et majorations · Récurrence et constructions récursives · Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler
Solution officielle : Shortlist officielle 2024 (avec solutions), section A1 (livret PDF)
Problème 1 de l'OIM 2024
Ce problème a été choisi parmi ceux de la shortlist pour l'épreuve de l'OIM 2024, où il était le problème 1 (jour 1).
Énoncé¶
Determine all real numbers \(\alpha\) such that the number
is a multiple of \(n\) for every positive integer \(n\). (Here \(\lfloor z \rfloor\) denotes the greatest integer less than or equal to \(z\).)
Indices : les idées clés
- Partie entière et majorations : écrire \(\alpha = k + \epsilon\), ou se ramener à \(0 \leq \alpha < 2\) (ajouter un entier pair ne change rien), puis encadrer \(\lfloor n\alpha \rfloor\).
- Récurrence (solutions 1 et 3) : une récurrence forte détermine \(\lfloor n\epsilon \rfloor\), ou \(\lfloor \alpha \rfloor + \cdots + \lfloor n\alpha \rfloor\), pour tout \(n\).
- Congruences (solution 2) : \(S_n \equiv 0 \pmod n\) et \(S_n \equiv \lfloor n\alpha \rfloor \pmod{n-1}\) se combinent, car \(n\) et \(n-1\) sont premiers entre eux.
- Suite d'entiers strictement croissante (solution 4) : les moyennes \(b_n = S_n / n\) croissent d'au moins \(1\), ce qui est trop rapide.
Solutions
Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2024 (quatre solutions et une remarque).
Réponse. Les réels \(\alpha\) qui conviennent sont exactement les entiers pairs.
Solution 1¶
Les entiers pairs conviennent. Si \(\alpha = 2m\) avec \(m\) entier,
qui est un multiple de \(n\).
Ce sont les seuls. Écrivons \(\alpha = k + \epsilon\) avec \(k\) entier et \(0 \leq \epsilon < 1\). Le nombre
doit être un multiple de \(n\). On distingue deux cas selon la parité de \(k\).
Cas 1 : \(k\) pair. Alors \(\frac{kn(n+1)}{2}\) est un multiple de \(n\), donc \(\lfloor \epsilon \rfloor + \lfloor 2\epsilon \rfloor + \cdots + \lfloor n\epsilon \rfloor\) aussi. Montrons par récurrence forte que \(\lfloor n\epsilon \rfloor = 0\) pour tout \(n \geq 1\). Pour \(n = 1\), cela vient de \(0 \leq \epsilon < 1\). Si \(\lfloor m\epsilon \rfloor = 0\) pour tout \(1 \leq m < n\), alors \(\lfloor \epsilon \rfloor + \cdots + \lfloor n\epsilon \rfloor = \lfloor n\epsilon \rfloor\) doit être un multiple de \(n\) ; comme \(0 \leq n\epsilon < n\), on a \(\lfloor n\epsilon \rfloor = 0\).
L'égalité \(\lfloor n\epsilon \rfloor = 0\) signifie \(0 \leq \epsilon < \frac{1}{n}\). Comme c'est vrai pour tout \(n\), \(\epsilon = 0\), et \(\alpha\) est un entier pair.
Cas 2 : \(k\) impair. Montrons par récurrence forte que \(\lfloor n\epsilon \rfloor = n - 1\) pour tout \(n \geq 1\). Le cas \(n = 1\) découle à nouveau de \(0 \leq \epsilon < 1\). Si \(\lfloor m\epsilon \rfloor = m - 1\) pour tout \(1 \leq m < n\), le nombre
doit être un multiple de \(n\). Comme \(k\) est impair, \(\frac{k+1}{2}\) et \(\frac{k-3}{2}\) sont entiers, donc \(n\) doit diviser \(1 + \lfloor n\epsilon \rfloor\). Comme \(0 \leq n\epsilon < n\), on obtient \(\lfloor n\epsilon \rfloor = n - 1\).
Cela implique \(1 - \frac{1}{n} \leq \epsilon < 1\) pour tout \(n\), ce qui est absurde. Il n'y a donc pas d'autre solution dans ce cas. \(\blacksquare\)
Solution 2¶
Comme dans la solution 1, les entiers pairs conviennent. Ajouter un entier pair \(2m\) à \(\alpha\) ajoute \(mn(n+1)\) à la somme, donc on peut supposer \(0 \leq \alpha < 2\). Posons \(S_n = \lfloor \alpha \rfloor + \lfloor 2\alpha \rfloor + \cdots + \lfloor n\alpha \rfloor\). Pour \(n \geq 2\),
Comme \(\gcd(n, n-1) = 1\), (1) et (2) entraînent
De plus,
Pour \(n\) assez grand, le membre de droite de (4) est inférieur à \(n(n-1)\) (car \(\alpha < 2\)). Alors (3) impose
pour \(n\) assez grand. Comme \(\lfloor n\alpha \rfloor - \lfloor k\alpha \rfloor \geq 0\) pour \(1 \leq k \leq n\), (5) montre que toutes ces différences sont nulles ; en particulier \(\lfloor \alpha \rfloor = \lfloor n\alpha \rfloor\) pour tout \(n\) assez grand, ce qui est absurde sauf si \(\alpha = 0\). \(\blacksquare\)
Solution 3¶
Comme dans les autres solutions, on peut supposer \(0 \leq \alpha < 2\) ; les entiers pairs conviennent, donc on suppose \(0 < \alpha < 2\) et l'on cherche une contradiction. Montrons par récurrence sur \(n\) que, simultanément,
Initialisation (\(n = 1\)). Si \(\alpha < 1\), considérons \(m = \left\lceil \frac{1}{\alpha} \right\rceil > 1\) ; alors \(\lfloor \alpha \rfloor + \lfloor 2\alpha \rfloor + \cdots + \lfloor m\alpha \rfloor = 1\) n'est pas un multiple de \(m\). Donc \(\alpha \geq 1\), ce qui est (7) ; ainsi \(\lfloor \alpha \rfloor = 1\) et (6) est vraie.
Hérédité. Supposons (6) et (7) vraies pour \(n\). D'après (7),
Donc
Pour obtenir un multiple de \(n+1\), il faut nécessairement \(\lfloor (n+1)\alpha \rfloor = 2n + 1\) et
Ces deux égalités donnent respectivement (7) et (6) au rang \(n+1\).
Enfin, (7) vraie pour tout \(n\) donne \(\alpha \geq 2\), contradiction. \(\blacksquare\)
Solution 4¶
Comme dans les autres solutions, on suppose \(0 < \alpha < 2\) et l'on cherche une contradiction. Pour tout \(n\), posons
qui est un entier positif ou nul d'après l'hypothèse. Pour tout \(n > \frac{1}{\alpha}\), on a
Donc \(\lfloor (n+1)\alpha \rfloor > b_n\), et \((n+1) b_{n+1} = n b_n + \lfloor (n+1)\alpha \rfloor > (n+1) b_n\) : ainsi \(b_{n+1} > b_n\), soit \(b_{n+1} \geq b_n + 1\), pour \(n > \frac{1}{\alpha}\). Par conséquent, il existe un entier fixe \(C\) tel que, pour tous ces \(n\),
D'autre part, par définition,
ce qui est contradictoire pour \(n\) assez grand, puisque \(\frac{\alpha}{2} < 1\). \(\blacksquare\)
Précision ajoutée : l'étape « \(b_{n+1} > b_n\) » utilise que \(\lfloor (n+1)\alpha \rfloor\) est strictement supérieur à la moyenne \(b_n\) des \(\lfloor k\alpha \rfloor\), \(k \leq n\).
Remarques¶
Remarque (autre fin pour la solution 2). Par définition, \(S_n \leq \alpha \frac{n(n+1)}{2}\) ; d'autre part, (5) implique \(S_n = n\lfloor n\alpha \rfloor \geq \alpha n^2 - n\) pour tout \(n\) assez grand. Donc \(\alpha n^2 - n \leq \alpha \frac{n(n+1)}{2}\) pour \(n\) grand, ce qui force \(\alpha = 0\).