Shortlist 2025, N7¶
Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★★★☆ · Proposé par : Colombia
Concepts : Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler · Ordre d'un élément et racines primitives · Valuations p-adiques et lemme LTE
Solution officielle : Shortlist officielle 2025 (avec solutions), section N7 (livret PDF)
Problème 3 de l'OIM 2025
Ce problème a été choisi parmi ceux de la shortlist pour l'épreuve de l'OIM 2025, où il était le problème 3 (jour 1).
Pas encore relu
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Énoncé¶
Let \(\mathbb{Z}_{>0}\) denote the set of positive integers. A function \(f : \mathbb{Z}_{>0} \to \mathbb{Z}_{>0}\) is said to be bonza if
for all positive integers \(a\) and \(b\).
Determine the smallest constant \(c\) such that \(f(n) \leq cn\) for any bonza function \(f\) and any positive integer \(n\).
Indices : les idées clés
- Substitution \(b = a\) : \(f(a) \mid a^a\), donc \(f(p)\) est une puissance de \(p\) et tout facteur premier de \(f(n)\) divise \(n\).
- Petit théorème de Fermat : si \(f(p) \neq 1\), alors \(p \mid n - f(n)\) ; on en déduit \(f(p) = 1\) pour tout premier impair \(p\), puis que \(f(n)\) est une puissance de \(2\).
- Ordre de 5 modulo \(2^z\) : avec \(b = 5^c\) bien choisi, on obtient \(2^z \mid 5^{2^x} - 1\).
- Valuation 2-adique et LTE : \(\nu_2\big(5^{2^x} - 1\big) = x + 2\), d'où \(f(n) \leq 4n\).
- Construction : \(f(4) = 16\), \(f = 2\) sur les autres pairs, \(f = 1\) sur les impairs.
Solutions
Les solutions ci-dessous suivent la solution officielle de la Shortlist 2025 (une solution et trois remarques).
Solution¶
Réponse : la plus petite constante est \(c = 4\).
Majoration : \(c = 4\) convient. La fonction \(f(n) = n\) est solution et vérifie trivialement \(f(n) \leq 4n\). On suppose désormais qu'il existe un entier \(m\) tel que \(f(m) \neq m\).
En prenant \(b = a\), on obtient \(f(a) \mid a^a\) pour tout \(a\). En particulier, si \(p\) est premier, \(f(p)\) est une puissance de \(p\).
Affirmation. Si \(p\) est premier et \(f(n) \neq n\), alors \(f(p) = 1\) ou \(p \mid n - f(n)\).
Preuve. Prenons \(a = p\) et \(b = n\). Si \(f(p) \neq 1\), comme \(f(p)\) est une puissance de \(p\), on a \(p \mid f(p)\) et donc
Par le petit théorème de Fermat, \(n^p \equiv n \pmod p\). Comme \(f(p)\) est une puissance de \(p\), on a aussi \(f(n)^{f(p)} \equiv f(n) \pmod p\) (en appliquant Fermat de façon répétée). Donc \(p \mid n - f(n)\). \(\square\)
Si \(q\) est un nombre premier avec \(q > |m - f(m)|\), alors \(q \nmid m - f(m)\) (car \(m - f(m) \neq 0\)), et l'affirmation avec \(p = q\) et \(n = m\) donne \(f(q) = 1\). Autrement dit, \(f(q) = 1\) pour tout premier \(q\) assez grand.
Montrons maintenant que \(f(p) = 1\) pour tout premier impair \(p\). Pour un premier \(q\) assez grand, \(f(q) = 1 \neq q\), donc l'affirmation avec \(n = q\) donne \(f(p) = 1\) ou \(f(q) \equiv q \pmod p\), c'est-à-dire \(q \equiv 1 \pmod p\). Si de plus \(q \not\equiv 1 \pmod p\), on peut conclure \(f(p) = 1\). Or il existe une infinité de nombres premiers \(q\) tels que \(q \not\equiv 1 \pmod p\) : cela découle immédiatement du théorème de Dirichlet sur les nombres premiers en progression arithmétique, ou se démontre directement (voir la remarque 2). En prenant un tel \(q\) avec \(q > |m - f(m)|\) et \(q \not\equiv 1 \pmod p\), on conclut que \(f(p) = 1\).
Pour tout \(n\), on a \(f(n) \mid n^n\), donc tout facteur premier de \(f(n)\) divise \(n\). Mais si \(q\) est un facteur premier impair de \(n\), en prenant \(a = n\), \(b = q\) et en utilisant \(f(q) = 1\), l'énoncé donne
donc \(q\) ne divise pas \(f(n)\). Ainsi le seul facteur premier possible de \(f(n)\) est \(2\) : pour tout \(n\), \(f(n)\) est une puissance de \(2\). De plus, si \(n\) est impair, \(f(n) = 1\) (car \(f(n) \mid n^n\) est impair).
Soit \(a = 2^x y\) avec \(x \geq 0\) et \(y\) impair, et \(f(a) = 2^z\) avec \(z \geq 0\). Montrons que \(z \leq x + 2\), ce qui donne \(f(a) \leq 2^{x+2} \leq 4a\). Pour tout \(b\) impair, on a \(f(b) = 1\), et l'énoncé donne
Comme \(\varphi(2^z)\) est une puissance de \(2\) et \(y\) est impair, il existe un entier \(c \geq 1\) tel que \(yc \equiv 1 \pmod{\varphi(2^z)}\). Avec \(b = 5^c\), le théorème d'Euler donne
(Autrement dit, l'ordre de \(5\) modulo \(2^z\) divise \(2^x\).) Or, en factorisant de façon répétée des différences de carrés,
Comme chaque \(5^{2^k} + 1 \equiv 2 \pmod 4\), on a \(\nu_2\big(5^{2^k} + 1\big) = 1\), et donc (valuation 2-adique)
Comme \(2^z \mid 5^{2^x} - 1\), on obtient \(z \leq x + 2\). Ainsi \(f(n) \leq 4n\) pour tout \(n\).
Optimalité : on ne peut pas faire mieux que \(c = 4\). Définissons
Vérifions la condition directement, selon \(a\).
- Si \(a\) est impair, \(f(a) = 1\) et la condition \(f(a) \mid b^a - f(b)^{f(a)}\) est immédiate.
- Si \(a\) est pair et \(a \neq 4\), alors \(f(a) = 2\) et la condition devient \(2 \mid b^a - f(b)^2\). Par construction, \(b\) et \(f(b)\) ont la même parité, donc la condition est vérifiée.
- Si \(a = 4\), alors \(f(a) = 16\) et la condition devient \(16 \mid b^4 - f(b)^{16}\). Si \(b\) est pair, \(f(b)\) l'est aussi, donc \(b^4\) et \(f(b)^{16}\) sont tous deux divisibles par \(16\). Si \(b\) est impair, \(b^4 - f(b)^{16} = b^4 - 1 = (b-1)(b+1)(b^2+1)\). Les trois facteurs sont pairs, et \(b - 1\), \(b + 1\) diffèrent de \(2\), donc l'un d'eux est divisible par \(4\). Ainsi \(16 \mid b^4 - 1\).
Cette fonction est donc bonza, et comme \(f(4) = 16 = 4 \cdot 4\), la constante \(c = 4\) est optimale. \(\blacksquare\)
Remarques¶
Remarque 1 (toutes les fonctions bonza). Les solutions de l'équation fonctionnelle sont : \(f(n) = n\) pour tout \(n\) ; \(f(n) = 1\) pour tout \(n\) ; et
où \(1 \leq g(2) \leq 2\) et \(1 \leq g(n) \leq \nu_2(n) + 2\) pour les autres \(n\) pairs.
Remarque 2 (sans le théorème de Dirichlet). Pour tout premier impair \(p\), il existe une infinité de premiers \(q \not\equiv 1 \pmod p\). Supposons par l'absurde qu'il n'y en ait qu'un nombre fini, et soit \(N\) leur produit. Considérons \(pN - 1\). On a \(\gcd(pN - 1, q) = 1\) pour tout premier \(q \not\equiv 1 \pmod p\), donc tous les facteurs premiers de \(pN - 1\) sont congrus à \(1\) modulo \(p\). Il s'ensuit que \(pN - 1 \equiv 1 \pmod p\), donc \(2 \equiv 0 \pmod p\) : contradiction.
Remarque 3 (par LTE). L'égalité \(\nu_2\big(5^{2^x} - 1\big) = x + 2\) découle aussi du lemme LTE (cas \(p = 2\), exposant pair) :